T– T+
Identifiant :
Mot de passe :
S'inscrire!

Index alphabétique
A B C D E F
G H I J K L
M N O P Q R
S T U V W X
Y Z à propos...
Accueil

Mis à jour le : 23/06/07

DERNIERS ECRITS

De Glorfindel, Círdan et autres sujets.

Il existe une petite série de manuscrits très tardifs, préservés ensemble, à l’apparence très similaire, et tous écrits sur les versos de notices de publication émises par Allen & Unwin. La plupart de celle-ci sont des copies de la même notice, datée du 19 janvier 1970 (utilisées aussi par mon père pour son travail tardif sur l’histoire de Maeglin, XI.316), mais il affirma au sujet d’un de ces écrits qu’il fut développé à partir d’une réponse à un correspondant envoyée le 9 décembre 1972, et un autre est daté par lui du 20 novembre 1972. Je pense qu’il est très probable que la collection entière appartient à cette période, la dernière année de sa vie : il mourut le 2 septembre 1973, à l’âge de 81 ans. Il y a des preuves claires de confusion (comme il le dit en un point, « ma mémoire n’est plus très fidèle »), mais il s’y trouve des éléments du plus grand intérêt et qui méritent d’être mentionnés.

GLORFINDEL

Durant l’été 1938, alors que mon père travaillait sur Le Conseil d’Elrond dans Le Seigneur des Anneaux, il écrivit : « Glorfindel parle de son ascendance à Gondolin » (VI.214). Plus de 30 ans plus tard, il souleva la question de savoir si Glorfindel de Gondolin et Glorfindel de Fondcombe étaient oui ou non une seule et même personne, et cela aboutit à deux discussions, rassemblées avec d’autres écrits, brefs ou fragmentés, en étroite relation avec celles-ci. J’y ferai référence sous les titres « Glorfindel I » et « Glorfindel II ». La première page de Glorfindel I est manquante, et la deuxième page débute par les mots « en tant que gardes ou assistants. » Suit ensuite :

Un Elfe qui avait autrefois connu la Terre du Milieu et avait combattu durant les longues guerres contre Melkor aurait été un compagnon éminemment approprié pour Gandalf. Nous pouvons alors raisonnablement supposer que Glorfindel (éventuellement au sein d’une petite compagnie, plus probablement comme unique compagnon) accosta avec Gandalf-Olórin aux alentours de l’an 1 000 du Troisième Âge. Cette supposition expliquerait en effet cet air de pouvoir spécial et de sainteté qui entoure Glorfindel – remarquer la façon dont le Roi-Sorcier fuit devant lui, alors même que tous les autres (comme le Roi Eärnur), aussi braves fussent-ils, ne purent forcer leurs chevaux à lui faire face (Appendice A (I, iv)). Car d’après ce qu’on rapporte ailleurs sur la nature elfique (tout à fait indépendamment de ce cas), et sur leurs relations avec les Valar, lorsque Glorfindel fut occis, son esprit devait alors aller à Mandos pour être jugé, et devait alors rester dans les Salles de l’Attente jusqu’à ce que Manwë lui accorde sa libération. Les Elfes étaient destinés à être par nature « immortels », dans les limites inconnues de la vie de la Terre comme royaume habitable, et leur désincarnation était matière à chagrin. C’était, de ce fait, le devoir des Valar de les ramener, s’ils étaient tués, à la vie incarnée, s’ils le désiraient – à moins d’une grave (et rare) raison, comme des actes vraiment mauvais, ou des oeuvres de grande malice pour lesquelles ils refusaient obstinément toute repentance. Lorsqu’ils étaient ré-incarnés, ils pouvaient rester à Valinor, ou retourner en Terre du Milieu s’ils y avaient demeuré. Nous pouvons donc raisonnablement supposer que Glorfindel, après avoir purgé sa peine ou avoir reçu le pardon pour la part qu’il avait prise dans la rébellion des Ñoldor, fut relâché de Mandos et redevint lui-même, mais demeura dans le Royaume Béni, car Gondolin était détruite et tous ses parents, ou la plupart, avaient péri. Nous pouvons ainsi comprendre pourquoi il semble être un personnage si puissant et presque « angélique ». Car il était revenu à l’innocence primitive des Premiers-Nés, et avait ensuite vécu parmi ces Elfes qui ne s’étaient jamais rebellés, et également en compagnie des Maiar pendant des lustres : depuis les dernières années du Premier Âge jusqu’à la fin du premier millénaire du Troisième Âge, date de son retour en Terre du Milieu, en passant par le Deuxième Âge. Il est en effet probable qu’à Valinor, il était déjà devenu un ami et un disciple d’Olórin. Même dans les brefs aperçus que l’on donne de lui dans Le Seigneur des Anneaux, il apparaît comme étant spécialement lié à Gandalf, et il fut l’un (le plus puissant, à ce qu’il semblerait) de ceux envoyés depuis Fondcombe lorsque les nouvelles inquiétantes selon lesquelles Gandalf n’avait pas réapparu pour guider ou protéger le porteur de l’Anneau eurent atteint Elrond.

Le second essai, Glorfindel II, est un texte composé de cinq pages manuscrites qui, sans aucun doute, suivaient de peu les premières, mais un bout de papier sur lequel mon père coucha à la hâte quelques réflexions sur le sujet vint, à ce que l’on peut présumer, s’intercaler entre eux, puisqu’il y dit que même s’il était possible que Glorfindel soit arrivé avec Gandalf, « il semble bien plus plausible qu’il fut envoyé durant la crise du Deuxième Âge, lorsque Sauron envahit l’Eriador, pour porter assistance à Elrond, et que bien qu’il ne fut pas (encore) mentionné dans les annales reportant la défaite de Sauron, il joua un rôle notable et héroïque dans cette guerre. » À la fin de cette note, il écrivit les mots « navire Númenóréen », au sujet desquels on peut présumer qu’ils indiquent le moyen par lequel Glorfindel pourrait avoir traversé la Grande Mer.

Ce nom provient en fait du tout premier travail ayant trait à la mythologie : La Chute de Gondolin, composée en 1916-1917, dans laquelle le langage Elfique qui devint finalement celui du type appelé Sindarin se trouvait sous une forme primitive et inorganisée, et sa relation avec le type Haut-elfique (lui-même très primitif) était encore aléatoire. Il était censé signifier « Cheveux-d’Or », et il était le nom donné au « Gnome » (Ñoldo) héroïque, un capitaine de Gondolin, qui dans la passe du Cristhorn (« Brèche des Aigles ») combattit un Balrog [> Démon], qu’il tua au prix de sa propre vie.

Son utilisation dans Le Seigneur des Anneaux est l’un de ces cas de l’utilisation aléatoire, en quelque sorte, des noms trouvés dans les légendes plus anciennes, auxquelles on se réfèrera à présent sous le nom du Silmarillion, et qui ont échappé à un réexamen dans la forme finalement publiée du Seigneur des Anneaux. Cela est malheureux, puisqu’il est maintenant difficile d’adapter ce nom au Sindarin, et qu’il n’est pas possible qu’il soit du Quenyarin. De plus, dans la mythologie maintenant organisée, une difficulté se présente du fait des actions de Glorfindel rapportées dans Le Seigneur des Anneaux, si Glorfindel de Gondolin est supposé être la même personne que Glorfindel de Fondcombe.

En ce qui concerne l’ancien : il fut tué lors de la Chute de Gondolin à la fin du Premier Âge, et si un capitaine de cette cité doit être un Ñoldo, l’un des seigneurs Elfes de l’armée du Roi Turukano (Turgon) ; en tout cas, lorsque La Chute de Gondolin fut écrite, il était certainement considéré comme tel. Mais les Ñoldor en Beleriand étaient des exilés de Valinor, s’étant rebellés contre l’autorité de Manwë, chef suprême des Valar, et Turgon était l’un des partisans les plus déterminés et les plus impénitents de la rébellion de Fëanor. Il n’y a aucune échappatoire à cet état de fait. Il est dit dans Le Silmarillion que Gondolin fut bâtie et occupée par un peuple d’origine presque entièrement Ñoldorin. Il pourrait être possible, bien qu’incohérent, de supposer que Glorfindel fut un prince d’origine Sindarin qui s’était joint à l’armée de Turgon, mais cela contredirait entièrement ce qui est dit de Glorfindel à Fondcombe dans Le Seigneur des Anneaux : des plus éminents dans La Communauté de l’Anneau, p. 235, où il est dit qu’il fut l’un des « seigneurs des Eldar d’au-delà des mers les plus lointaines… qui ont demeuré dans le Royaume Béni. » Les Sindar n’avaient jamais quitté la Terre du Milieu.

Cette difficulté, bien plus sérieuse que la difficulté linguistique, peut être considérée en premier lieu. En tout cas, ce qui peut sembler la solution la plus simple à première vue doit être abandonnée : c’est-à-dire que nous avons simplement une duplication des noms, et que Glorfindel de Gondolin et Glorfindel de Fondcombe étaient des personnes différentes. Cette répétition d’un nom si frappant, bien que possible, ne serait pas crédible. Aucun autre personnage majeur dans les légendes Elfiques, telles que rapportées dans Le Silmarillion et Le Seigneur des Anneaux, n’a un nom porté par un autre personnage Elfique d’importance. De plus, il pourrait s’avérer qu’accepter l’idée de l’identité entre le Glorfindel de jadis et celui du Troisième Âge expliquera en fait ce qui est dit sur lui et améliorera l’histoire.

Lorsque Glorfindel de Gondolin fut tué, son esprit, conformément aux règles établies par l’Unique, fut obligé de retourner sur-le-champ au pays des Valar. Il alla alors à Mandos et y fut jugé, et y demeura normalement dans les « Salles de l’Attente » jusqu’à ce que Manwë lui accorda sa libération. Les Elfes étaient destinés à être « immortels », c’est-à-dire à ne pas mourir, dans les limites inconnues décrétées par l’Unique, qui au maximum pourraient correspondre à la fin de la vie de la Terre en tant que royaume habitable. Leur mort (par n’importe quelle blessure corporelle si sérieuse qu’elle ne puisse être guérie) et la désincarnation de leurs esprits était un sujet « non-naturel » et douloureux. Par conséquent, il était du devoir des Valar, par ordre de l’Unique, de les rendre à la vie incarnée, s’ils le désiraient. Mais cette « restauration » pouvait être différée par Manwë, si le fëa avait, au cours de sa vie, accompli de mauvaises actions et refusé de s’en repentir, ou nourrissait toujours de sombres desseins contre quelque autre personne parmi les vivants.

Maintenant, Glorfindel de Gondolin était l’un de ces Ñoldor exilés, rebelles à l’autorité de Manwë, et ils étaient tous sous le coup du bannissement qu’il avait imposé : ils ne pouvaient pas retourner sous forme corporelle dans le Royaume Béni. Manwë, cependant, n’était pas lié par ses propres édits, et étant toujours le régent suprême du Royaume d’Arda, il pouvait les mettre de côté le cas échéant. De ce qui est dit de Glorfindel dans Le Silmarillion et Le Seigneur des Anneaux, il est évident qu’il s’agissait d’un Elda d’esprit noble et élevé, et on peut penser que bien qu’il quitta Valinor dans l’armée de Turgon, et encourut ainsi le bannissement, il n’agit ainsi qu’à contre-cœur, et à cause de sa parenté avec Turgon et de son allégeance envers ce dernier, et il ne prit aucune part dans le massacre fratricide d’Alqualondë.

Plus important encore : Glorfindel avait sacrifié sa vie en défendant les fugitifs de la ruine de Gondolin contre un Démon sorti du Thangorodrim, et avait ainsi permis à Tuor et Idril, fille de Turgon, ainsi qu’à leur fils Eärendil, de s’échapper, et de chercher refuge aux Bouches du Sirion. Même s’il ne pouvait pas avoir connu son importance (et il les aurait défendus même s’ils avaient été des fugitifs de n’importe quel rang), cette action fut d’une importance vitale pour les desseins des Valar. Il est, de ce fait, entièrement en accord avec la conception générale du Silmarillion de décrire ainsi l’histoire de Glorfindel telle qu’elle suit. Après avoir purgé sa peine pour la part de culpabilité qu’il avait eue dans la rébellion, il fut relâché de Mandos, et Manwë le restaura. Il redevint alors une personne incarnée et vivante, mais fut autorisé à demeurer dans le Royaume Béni ; car il avait regagné l’innocence et la grâce primitives des Eldar. Durant de longues années, il resta à Valinor, avec les Eldar qui ne s’étaient pas rebellés, et en compagnie des Maiar. Il était à présent devenu presque l’égal de ceux-ci, car même s’il était un incarné (pour lequel une forme corporelle, qu’il n’avait ni réalisée ni choisie, était nécessaire), son pouvoir spirituel avait été grandement rehaussé par son auto-sacrifice. À un certain moment, probablement tôt durant son séjour à Valinor, il devint un disciple, et un ami, d’Olórin (Gandalf), qui, comme il est dit dans Le Silmarillion, portait une attention et un amour spéciaux pour les Enfants d’Eru. Qu’Olórin, comme il était possible pour un des Maiar, eut déjà visité la Terre du Milieu et fait la connaissance, non seulement des Elfes Sindarins et d’autres plus profondément en Terre du Milieu, mais également de certains Hommes, est vraisemblable, mais rien n’est [> n’a encore été] dit à ce sujet.

Glorfindel resta dans le Royaume Béni, d’abord de son propre choix, sans aucun doute : Gondolin était détruite, et tous ses parents avaient péri, et se trouvaient toujours dans les Salles de l’Attente que les vivants ne pouvaient approcher. Mais son long séjour au cours des dernières années du Premier Âge, et au moins durant une grande partie du Deuxième Âge, était également, sans aucun doute, en accord avec les souhaits et les desseins de Manwë.

Quand Glorfindel retourna-t-il en Terre du Milieu ? Cela a du probablement se passer avant la fin du Deuxième Âge, le « Changement du Monde » et la Submersion de Númenor, après lesquels aucune créature incarnée et vivante, « humaine » ou d’espèces moindres, ne pouvaient revenir du Royaume Béni qui avait été « retiré des Cercles du Monde ». Cela était en accord avec un décret procédant d’Eru Lui-même ; et même si, jusqu’à la fin du Troisième Âge où Eru décréta que la Domination des Hommes devait débuter, on peut supposer que Manwë ait reçu la permission d’Eru de faire une exception dans ce cas et ait conçu quelque moyen pour le transport de Glorfindel en Terre du Milieu, cela est improbable et donnerait à Glorfindel plus de pouvoir et d’importance que cela ne semble approprié.

Nous pouvons alors au mieux supposer que Glorfindel revint au cours du Deuxième Âge, avant que « l’ombre » ne tombe sur Númenor, et tant que les Númenóréens étaient bien accueillis par les Eldar et perçus comme de puissants alliés. Son retour dut sûrement servir à renforcer Gil-Galad et Elrond, quand ils perçurent enfin le mal grandissant contenu dans les intentions de Sauron. Ce retour, par conséquent, pourrait avoir eu lieu aussi tôt que l’an 1200 du Deuxième Âge, lorsque Sauron vint en personne au Lindon et tenta de tromper Gil-Galad, mais qu’il fut rejeté et renvoyé. Mais il est peut-être plus probable qu’il eut lieu aussi tard que l’an 1600, l’Année de l’Effroi, lorsque Barad-dûr fut achevé, que l’Anneau Unique fut forgé et que Celebrimbor se rendit enfin compte du piège dans lequel il était tombé. Car en 1200, Gil-Galad, bien que rempli d’anxiété, se sentait encore fort et capable de traiter Sauron avec dédain. À cette époque, également, ses alliés Númenóréens commençaient à établir de puissants havres permanents pour leurs grands navires, et bon nombre d’entre eux avaient en fait commencé à s’y établir en permanence. En 1600 il devint clair à tous les dirigeants des Elfes et des Hommes (et des Nains) que la guerre contre Sauron était inévitable, maintenant qu’il était démasqué et apparaissait comme un nouveau Seigneur Ténébreux. De ce fait, ils commencèrent à se préparer à son assaut et des messages urgents comme des demandes de secours furent sans aucun doute reçus à Númenor (et à Valinor).

Le texte prend fin ici, sans que rien n’indique qu’il fut laissé inachevé, même si la « difficulté linguistique » à laquelle il est fait référence à la page 379 n’a pas été traitée.

Il existe une discussion portant sur la question de la réincarnation elfique qui fut écrite en même temps que les textes « Glorfindel ». Elle se présente en deux versions, l’une étant un brouillon très grossier (écrit en fait en partie sur le manuscrit de Glorfindel I) de la deuxième. Ce texte n’est pas inclus ici, à l’exception de sa conclusion, qui concerne la croyance des Nains en la renaissance ou la réapparition de leurs Pères, tout particulièrement Durin. Je présente ce passage sous la même forme que dans le brouillon d’origine. Il fut écrit à une vitesse (avec la ponctuation omise et des formes de phrases variées se bousculant l’une l’autre) dont la forme imprimée qui suit ne rend pas du tout compte, mais il rapporte bien la pensée qui émergeait sur un sujet d’importance et à propos duquel très peu peut être trouvé dans tous les écrits de mon père.

Il est possible que cette fausse notion ait quelque chose à voir avec les différentes idées étranges que les Elfes comme les Hommes nourrissaient au sujet des Nains, et qui d’ailleurs leur provenaient largement des Nains eux-mêmes. Car les Nains affirmaient que les esprits des Sept Pères de leurs races renaissaient de temps en temps au sein de leurs descendances. Cela était notablement le cas pour la race des Longues-Barbes dont l’aïeul ultime était appelé Durin, un nom qui fut porté à intervalles réguliers par l’un de ses descendants, mais par aucun autre que ceux qui descendaient en ligne directe de Durin I. Durin I, aîné des Pères, « s’éveilla » à l’aube du Premier Âge (peu après l’éveil des Hommes, suppose-t-on), mais au cours du Deuxième Âge, plusieurs autres Durin étaient apparus, comme Rois des Longues-Barbes (Anfangrim). Au Troisième Âge, Durin VI fut tué par un Balrog en 1980. Il fut prophétisé (par les Nains), lorsque Dáin Pied-d’Acier assuma la royauté en l’an 2941 du Troisième Âge (après la Bataille des Cinq Armées), que dans sa ligne directe apparaîtrait un jour un Durin VII – mais qu’il serait le dernier. Au sujet de ces Durin, les Nains rapportaient qu’ils gardaient la mémoire de leurs anciennes vies en tant que Rois, de façon réelle et pourtant naturellement incomplète, comme si elles avaient été des années consécutives de vie en une seule personne.

Comment cela pouvait-il arriver, les Elfes ne le savaient pas ; du reste les Nains ne leur auraient guère dit grand-chose à ce sujet. Mais les Elfes de Valinor avaient connaissance d’un étrange conte d’origine Naine, que les Ñoldor apportèrent en Terre du Milieu, et ils affirmèrent qu’ils le tenaient d’Aulë lui-même. Il pourra être trouvé parmi les nombreux sujets mineurs inclus dans les notes ou les appendices au Silmarillion, et n’est pas rapporté en entier ici. Pour le point présent, il suffit de rappeler que l’auteur direct de la race Naine était le Vala Aulë.

Il se trouve ici une brève version de la légende de la Création des Nains, que j’omets. Mon père écrivit sur le texte : « Pas l’endroit où parler de l’histoire d’Aulë et des Nains. » La conclusion suit alors :

Les Nains ajoutent qu’à cette époque, Aulë leur obtint également un privilège qui les distinguait des Elfes et des Hommes : que l’esprit de chacun des Pères (tel que Durin), à l’issue de la longue période de vie allouée aux Nains, tombe dans le sommeil, mais demeure ensuite dans le tombeau de son propre corps, au repos, et là sa lassitude et toute blessure éventuelle qui lui serait survenue pourraient être amendées. Alors, après de longues années, il pourrait se dresser et assumer à nouveau sa royauté.

La seconde version est bien plus brève et, à propos de la « renaissance » des Pères, dit seulement : « … la réapparition, à de longs intervalles, de la personne d’un des Pères des Nains, dans les lignées de leurs rois (particulièrement Durin, par exemple), n’est probablement pas due, à y regarder de plus près, à une renaissance, mais à la préservation du corps d’un ancien Roi Durin (disons) vers lequel, à intervalles réguliers, son esprit reviendrait. Mais les relations des Nains envers les Valar et particulièrement envers le Vala Aulë sont, semble-t-il, très différentes de celles des Elfes et des Hommes. »

LES CINQ MAGICIENS

Une autre brève discussion, intitulée « Note sur le débarquement des Cinq Magiciens et sur leurs fonctions et opérations », est issue des réflexions de mon père sur le sujet de Glorfindel, comme on le voit dans l’ouverture : « En fait, Glorfindel était-il l’un d’eux ? » Il observa qu’il n’était, « à l’ évidence, nullement censé l’être lorsque Le Seigneur des Anneaux fut écrit », ajoutant qu’il n’y avait aucune possibilité pour que certains d’entre eux fussent des Eldar « du plus haut ordre de pouvoir », plutôt que des Maiar. Le texte continue alors avec le passage donné dans Contes et Légendes Inachevés, p. 394, qui commence par « Nous devons admettre qu’ils étaient tous des Maiar… » ; mais après les mots qui concluent cette citation (« …choisis par les Valar en vue même de cette diversité »), on trouve seulement : « Saruman le plus puissant », puis il s’interrompt, inachevé. À côté de ces derniers mots se trouve une note écrite au crayon : « Radagast, un nom d’origine Humaine (val d’Anduin) – mais pas interprétable clairement à l’heure actuelle » (voir Contes et Légendes Inachevés p. 390 et note 4).

Sur le verso de la page se trouvent des notes que j’ai décrites dans Contes et Légendes Inachevés comme étant indéchiffrables, mais que j’ai largement été capable de reconstituer en les scrutant plus longuement. L’une d’elles indique ce qui suit :

Aucun nom n’est rapporté pour les deux magiciens. Ils ne furent jamais aperçus ou connus dans des pays situés à l’ouest du Mordor. Les magiciens ne vinrent pas en même temps. Il est possible que Saruman, Gandalf et Radagast soient arrivés en même temps, mais il est plus probable que Saruman, le chef (et déjà très conscient de cet état) arriva le premier, et seul. Gandalf et Radagast arrivèrent probablement ensemble, bien que cela n’ait pas encore été dit… (ce qui est le plus probable)… Glorfindel rencontra aussi Gandalf aux Havres. On sait seulement que les deux autres existent (ont existé) [sic] par Saruman, Gandalf et Radagast, et lorsque Saruman, dans sa colère, en mentionna cinq, il laissa échapper une information d’ordre privé.

La dernière phrase fait référence à la réplique violente de Saruman à Gandalf à la porte d’Orthanc, dans laquelle il parle des « baguettes des Cinq Magiciens » (Les Deux Tours p. 188). Une autre note est encore plus brouillonne et plus difficile à déchiffrer :

Les « deux autres » arrivèrent bien plus tôt, probablement en même temps que Glorfindel, quand les périls montèrent au Deuxième Âge. Glorfindel fut envoyé pour prêter main-forte à Elrond et joua (bien que cela n’ait pas encore été dit) un rôle prééminent au cours de la guerre en Eriador. Mais les deux autres Istari furent envoyés dans un but différent. Morinehtar et Rómestámo. Tueur-des-Ténèbres et Secours-de-l’Orient. Leur tâche était de circonvenir Sauron en apportant leur aide aux quelques tribus d’Hommes qui s’étaient rebellées contre l’adoration de Melkor, en attisant la rébellion… et après sa première chute, en découvrant sa cachette (ce en quoi ils échouèrent) et en causant [ ? la dissension et le désordre] parmi l’Orient ténébreux… Ils ont du avoir une très grande influence sur l’histoire du Deuxième Âge et du Troisième Âge en affaiblissant et en désorganisant les forces de l’Est… qui autrement auraient, au cours du Deuxième Âge comme du Troisième Âge… submergé l’Ouest sous le nombre.

Au niveau des mots suivants, dans la citation de ce texte incluse dans Contes et Légendes Inachevés (p. 394) : « Des deux autres, rien n’est dit dans les ouvrages publiés, en dehors de l’allusion aux Cinq Magiciens, lors de l’altercation entre Gandalf et Saruman », mon père écrivit : « Une note portant sur leurs noms et fonctions semble maintenant perdue, mais en dehors des noms, leur histoire générale et leur effet sur l’histoire du Troisième Âge est claire. » On peut concevoir qu’il pensait au récit ébauché du choix des Istari au Conseil des Valar (Contes et Légendes Inachevés, p. 393), dans lequel les Deux Magiciens (ou « les Mages Bleus », Ithryn Luin) étaient nommés Alatar et Pallando.

CÍRDAN

Ce bref manuscrit est également associé à la discussion sur Glorfindel : c’est un brouillon grossier car il se trouve sur le verso de l’une des pages du texte Glorfindel II.

Il s’agit du Sindarin pour « Charpentier de Navires », et cela décrit bien ses fonctions plus tardives dans l’histoire des Trois Premiers Âges, mais son nom « propre », c’est-à-dire son nom d’origine au sein des Teleri, auxquels il appartenait, n’est jamais usité. On dit de lui dans les Annales du Troisième Âge (vers 1000) qu’il a vu plus loin et plus profondément dans le futur que quiconque sur Terre du Milieu. Cela n’inclut pas les Istari (qui venaient de Valinor), mais doit inclure même Elrond, Galadriel et Celeborn.
Círdan était un Elfe Telerin, l’un des plus grands de ceux qui ne furent pas transportés à Valinor mais furent ensuite connus sous le nom de Sindar, les Elfes-Gris. Il était apparenté à Olwë, l’un des deux rois des Teleri, et seigneur de ceux qui partirent par-delà la Grande Mer. Il était ainsi également apparenté à Elwë, le frère aîné d’Olwë, reconnu comme le roi suprême de tous les Teleri au Beleriand, même après son repli dans le royaume gardé de Doriath. Mais Círdan et son peuple restèrent par de nombreux aspects distincts du reste des Sindar. Ils gardèrent le vieux nom Teleri (dans sa forme Sindarin plus tardive Telir, ou Telerrim) et restèrent sous de nombreux aspects un peuple à part, qui parlait un langage plus archaïque, même dans des temps plus tardifs. Les Ñoldor les appelaient les Falmari, « peuple des vagues », et les autres Sindar Falathrim, « peuple des rivages écumants ».

Ce fut durant la longue attente des Teleri du retour de l’île flottante, sur laquelle les Vanyar et les Ñoldor avaient été transportés par-delà la Grande Mer, que Círdan tourna ses pensées et son art vers la construction des navires, car lui et tous les autres Teleri devenaient impatients. Néanmoins, il est dit que, par amour de sa parenté et par allégeance, Círdan fut le meneur de ceux qui recherchèrent le plus longtemps Elwë lorsqu’il fut perdu et qui ne vinrent pas sur les rivages pour quitter la Terre du Milieu. Il dut ainsi renoncer à l’accomplissement de son désir le plus cher : voir le Royaume Béni et y retrouver Olwë et ses propres parents les plus proches. Hélas, il n’atteignit pas ces rivages jusqu’à ce qu’à peu près tous les Teleri de la suite d’Olwë fussent partis.

Alors, dit-on, il se tint debout, affligé, face à la mer, et la nuit était tombée, mais au loin il pouvait voir un scintillement de lumière sur Eressëa avant qu’elle ne disparaisse dans l’Ouest. Alors, il jeta ce cri : « Je suivrai cette lumière, seul si personne ne vient avec moi, car le navire que j’ai construit est à présent presque prêt. » Mais au moment même où il prononçait ces mots, il reçut dans son cœur un message, qu’il sut venir des Valar, bien que son esprit s’en souvînt comme d’une voix qui lui parlait dans sa propre langue. Et la voix l’avertit de ne pas tenter ce péril, car ni sa force ni son art ne seraient capables de construire aucun navire capable de braver les vents et la houle de la Grande Mer avant de longues années. « Attends à présent ce temps, car lorsqu’il adviendra, alors ton ouvrage se révèlera de la plus grande valeur, et les chants le célèbreront durant de nombreux âges. »  « J’obéis, » répondit Círdan, et il lui sembla alors qu’il vit (peut-être dans une vision) une forme semblable à un navire blanc, qui brillait au-dessus de lui, et qui faisait voile vers l’ouest à travers les airs, et comme il diminuait au fur et à mesure qu’il s’éloignait, il ressemblait à une étoile d’un éclat tel qu’il projetait une ombre de Círdan sur la grève où il se trouvait.

Comme nous pouvons maintenant le comprendre, il s’agissait d’une prédiction du navire qu’Eärendil construisit, après son apprentissage auprès de Círdan, et toujours avec ses conseils et son aide, et dans lequel il atteignit finalement les rivages de Valinor. À partir de cette nuit, Círdan reçut un don de voyance touchant à tous les sujets d’importance, au-delà de la mesure de tous les autres Elfes sur la Terre du Milieu.

Ce texte est remarquable en ceci : d’un part, rien n’est dit sur l’histoire et l’importance de Círdan telles qu’elles apparaissent ailleurs, alors que d’autre part, presque tout ce qui est dit ici est unique. Dans les Annales Grises, il était dit (XI.8, §14) :

Ossë en persuada par conséquent beaucoup de rester en Beleriand, et lorsque le Roi Olwë et son armée eurent embarqué sur l’île et passé par-delà la Mer, ils demeurèrent sur le rivage, et Ossë revint vers eux et maintint son amitié envers eux. Et il leur apprit l’art de la construction des navires et de la navigation ; et ils devinrent un peuple de marins, le premier dans toute la Terre du Milieu…

Auteur : Aglarond


Copyright 2004-2007 Tham Onodrim - Thème v3.0 | "Le Seigneur des Anneaux" ™ est une marque déposée de The ZaulZaentz Company Tolkien Entreprise | Ce site n'est aucunement approuvé par Tolkien Entreprises ainsi que toute personne relative au Seigneur Des Anneaux | Toutes les images exposées ici sont la propriété de leurs propriétaires respectifs.