Mis à jour le : 23/06/07
ÓSANWE-KENTA
« Investigation sur la Communication de la Pensée »
(résumé de la discussion de Pengolodh)
À la fin du Lammas, Pengolodh discute brièvement de la transmission directe de la pensée (sanwelatya, ou « ouverture de la pensée »[1]), faisant plusieurs déclarations à ce sujet, qui sont dépendantes à l’évidence de théories et d’observations réalisées par les Eldar et longuement méditées par les maîtres du savoir elfiques. Elles concernent en premier lieu les Eldar et les Valar (y compris les Maiar moindres du même ordre). Les Hommes ne sont pas spécialement considérés ici, sauf dans la mesure où ils sont inclus dans des considérations générales portant sur les Incarnés (Mirröanwi). De ceux-ci, Pengolodh dit seulement : « Les Hommes ont la même faculté que les Quendi, mais elle est intrinsèquement plus faible, et est plus faible en pratique du fait de la force du hröa, sur lequel la plupart des hommes n’ont qu’un faible contrôle par la volonté ».
Pengolodh inclut ce problème en premier lieu du fait de sa relation avec le tengwesta. Mais il s’intéresse aussi, en tant qu’historien, aux relations de Melkor et de ses agents avec les Valar et les Eruhíni, bien que cela ait aussi à voir avec le « langage », puisque, comme il le souligne, ceci, le plus grand talent des Mirröanwi, a été tourné par Melkor à son propre plus grand avantage.
Pengolodh affirme que tous les esprits (sáma, pl. sámar) sont de statuts égaux, bien qu’ils diffèrent en capacité et en force. De par sa nature, un esprit perçoit directement un autre esprit. Mais il ne peut percevoir plus que l’existence d’un autre esprit (comme quelque chose autre que lui-même, bien que du même ordre), sauf par la volonté des deux parties (Note 1). Le degré de volonté, cependant, ne nécessite pas d’être le même pour chacune des deux parties. Si nous appelons un esprit I (pour invité ou arrivant) et l’autre H (pour hôte ou récepteur), alors I doit avoir pleine volonté d’inspecter H ou de l’informer. Mais cette connaissance peut être acquise ou communiquée par I, même quand H ne cherche pas ou n’a pas l’intention de communiquer ou d’apprendre : l’acte de I sera effectif si H est simplement « ouvert » (láta ; látie « ouverture »[2]). Cette distinction, affirme-t-il, est de la plus grande importance.
L’ « ouverture » est l’état (indo) naturel ou simple d’un esprit qui n’est pas engagé autrement (Note 2). En « Arda Immarrie » (qui est, dans des conditions idéales, libre de tout mal), l’ouverture serait l’état normal. Néanmoins, chaque esprit pourrait être fermé (pahta). Cela requiert un acte de volonté consciente : le Refus[3] (avanir). Il pourrait être réalisé contre I, contre I et d’autres, ou être une retraite totale dans « l’intimité » (aquapahtie).
Bien qu’en « Arda Immarrie » l’ouverture soit l’état normal, chaque esprit a, depuis sa prime conception en tant qu’individu, le droit de se fermer ; et il a le pouvoir absolu de rendre ceci effectif par la volonté. Rien ne peut pénétrer la barrière du Refus (Note 3).
Toutes ces choses, dit Pengolodh, sont vraies pour tous les esprits, depuis les Ainur en présence d’Eru, ou les grands Valar tels que Manwë et Melkor, jusqu’aux Maiar en Eä, et enfin jusqu’au moindre des Mirröanwi. Mais différents états introduisent des limitations, qui ne sont pas complètement contrôlés par la volonté. Les Valar entrèrent en Eä et dans le Temps de leur plein gré, et ils se trouvent à présent dans le Temps, aussi longtemps qu’il durera. Ils ne peuvent rien percevoir en dehors du Temps, sauf par souvenir de leur existence avant que celui-ci ne commence : ils peuvent se rappeler la Musique et la Vision. Ils sont, bien sûr, ouverts à Eru, mais ils ne peuvent par leur propre volonté « voir » quelque partie que ce soit de Son esprit. Ils peuvent s’ouvrir eux-mêmes à Eru en prière, et Il peut alors leur révéler Sa pensée (Note 4).
Les Incarnés ont, de par la nature du sáma, les mêmes facultés ; mais leur perception est atténuée par le hröa, car leur fëa est uni à leur hröa et son fonctionnement normal passe par le hröa, qui fait intrinsèquement partie de Eä, sans la pensée. Cette atténuation est en effet double, car la pensée doit passer un manteau de hröa et en pénétrer un autre. Pour cette raison, la transmission de pensée chez les Incarnés requiert un renforcement pour être effective. Ce renforcement peut s’opérer par affinité, par urgence ou par autorité.
L’affinité peut être due à la parenté, car cela pourrait accroître la similitude de hröa à hröa, et en ce qui concerne les préoccupations et les modes de pensée des fëar y demeurant, la parenté est normalement également accompagnée par l’amour et la sympathie. L’affinité pourrait venir simplement de l’amour et de l’amitié, qui est la similitude ou l’affinité de fëa à fëa.
L’urgence est communiquée par une grande nécessité de la part de « l’émetteur » (comme dans la joie, la douleur ou la peur) ; et si ces choses sont partagées à quelque degré que ce soit par le « récepteur », la pensée est d’autant plus clairement reçue. L’autorité peut également prêter plus de force à la portée de quelqu’un qui a un devoir envers un autre, ou de tout dirigeant qui a un droit à délivrer des commandements ou à rechercher la vérité pour le bien des autres.
Ces causes pourraient fortifier la pensée pour traverser les voiles et atteindre un esprit destinataire. Mais cet esprit doit rester ouvert, ou tout au moins passif. Si, alors qu’il est conscient du fait qu’on s’adresse à lui, il reste alors fermé, aucune urgence ni affinité n’autoriseront la pensée de l’émetteur à entrer.
Enfin, le tengwesta est également devenu une entrave. Chez les Incarnés, il est plus clair et plus précis que leur réception directe de pensée. Par lui également, ils peuvent communiquer facilement avec d’autres, lorsque aucune force n’est ajoutée à leur pensée : comme pour le cas, par exemple, où des étrangers se rencontrent pour la première fois. Et, comme nous l’avons vu, l’utilisation du « langage » devient bientôt habituel, de telle sorte que la pratique de l’ósanwe (échange de pensée[4]) est négligée et devient plus difficile. Ainsi, nous voyons que les Incarnés sont de plus en plus enclins à n’utiliser, ou à ne s’aventurer à utiliser, l’ósanwe qu’en cas de grande nécessité et urgence, et particulièrement lorsque le lambe est vain. Comme lorsque la voix ne peut être entendue, ce qui provient le plus souvent de la distance. Car la distance en elle-même n’offre aucune entrave, d’aucune sorte, à l’ósanwe. Mais ceux qui, par affinité, pourraient fort bien utiliser l’ósanwe utiliseront le lambe lorsqu’ils se trouveront à proximité, par habitude ou par préférence. Pourtant, nous pouvons également relever à quel point « l’affin » pourrait comprendre plus rapidement le lambe qu’ils utilisent entre eux, et en effet tout ce qu’ils diraient ne serait pas mis en mots. Avec moins de mots, ils arrivent plus promptement à une meilleure compréhension. Il ne peut y avoir aucun doute sur le fait qu’ici, l’ósanwe prend également souvent place, car la volonté de converser en lambe est une volonté de communiquer sa pensée, et laisse l’esprit ouvert. Il se pourrait, bien sûr, que les deux qui conversent connaissent déjà une partie du sujet et la pensée de l’autre à ce propos, de telle sorte que de simples allusions, obscures pour l’étranger, suffisent ; mais ce n’est pas toujours le cas. L’affin atteindra une meilleure compréhension plus promptement que des étrangers sur des sujets qu’aucun n’avait avant abordés, et ils percevront plus promptement la signification de mots qui, aussi nombreux, bien choisis et précis soient-ils, demeurent nécessairement inadéquats.
Le hröa et le tengwesta ont inévitablement un effet similaire sur les Valar, s’ils assument un habit corporel. Le hröa va, à un certain degré, atténuer en force et en précision l’envoi de la pensée, et si l’autre est également incarné, la réception de celle-ci. S’ils ont acquis l’habitude du tengwesta, à l’instar de certains qui se sont accoutumés à assumer leur enveloppe corporelle, alors cela réduira la pratique de l’ósanwe. Mais ces effets sont bien moindres que dans le cas des Incarnés.
Car le hröa d’un Vala, même quand il est devenu coutumier, est bien plus sous le contrôle de la volonté. La pensée des Valar est bien plus forte et plus pénétrante. Et pour ce qui concerne leurs affaires entre eux, l’affinité entre les Valar est plus grande que l’affinité entre n’importe quels autres êtres ; de telle sorte que l’utilisation du tengwesta ou du lambe n’est jamais devenue impérative, et cela n’est devenu une coutume ou une préférence que pour certains. Et pour ce qui concerne leurs affaires avec tous les autres esprits en Eä, leur pensée a souvent la plus haute autorité, et la plus grande urgence. (Note 5)
Pengolodh poursuit alors avec les abus du sanwe. « Car, dit-il, certains de ceux qui m’auront lu jusqu’ici pourraient déjà avoir questionné ma connaissance des traditions, en disant : cela ne semble pas s’accorder avec les histoires. Si le sáma était inviolable par la force, comment Melkor aurait-il pu tromper autant d’esprits et en réduire autant en esclavage ? Ou n’est-il pas plutôt vrai que le sáma peut être protégé par une force plus grande mais également capturé par une plus grande force ? Ainsi Melkor, le plus grand, et celui qui possédait, même jusqu’à la fin, la volonté la plus ferme, la plus déterminée et la plus impitoyable, pourrait pénétrer les esprits des Valar, mais se préserver lui-même de ceux-là, de telle sorte que même Manwe, lorsqu’il a affaire à lui, pourrait parfois nous sembler faible, sans méfiance et trompé. N’est-ce pas ainsi ? »
« Je dis qu’il n’en est pas ainsi. Les choses pourraient sembler être telles, mais si elles sont par essence complètement différentes, elles doivent être distinguées. La prévoyance[5] qui tient de la vision antérieure, et la prévision[6] qui est une opinion issue d’un raisonnement basé sur des preuves présentables, peuvent certes se rejoindre dans leurs prédictions, mais elles sont complètement différentes dans leur mode de fonctionnement, et elles devraient être distinguées par les maîtres de la tradition, même si le langage quotidien des Elfes comme des Hommes leur donne le même nom, en tant que domaine de la sagesse. » (Note 6)
D’une manière semblable, l’extorsion des secrets d’un esprit pourrait sembler provenir de leur lecture par la force en dépit du refus de cet esprit, car la connaissance gagnée pourrait parfois apparaître aussi complète qu’aucune qui puisse être obtenue. Néanmoins, cela ne vient pas de la pénétration de la barrière du refus.
Il n’y a en effet aucun axan stipulant que la barrière ne doit pas être forcée, car c’est un únat, une chose impossible à réaliser ou à être réalisée, et plus la force exercée est grande, plus la résistance du refus l’est également. Mais c’est un axan universel que personne, directement par la force ou indirectement par la fraude, ne prenne jamais à un autre ce que celui-ci a le droit de garder et de conserver comme un bien privé.
Melkor a répudié tous les axani. Il abolirait également (pour lui-même) tous les únati s’il le pouvait. En vérité, à son commencement et aux jours de son grand pouvoir, les plus ruineuses de ses violences vinrent de sa tentative d’imposer à Eä qu’il n’y avait pas de limites ou d’obstacles à sa volonté. Mais cela, il ne pouvait le faire. Les únati restèrent, rappels perpétuels de l’existence d’Eru et de Son invincibilité, rappels également de la coexistence avec lui-même d’autres êtres (égaux, sinon de par leur pouvoir, de par leurs origines) invincibles par la force. De cela découle sa rage incessante et inapaisable.
Il découvrit que l’approche ouverte d’un sáma d’un grand pouvoir et d’une grande force de volonté était ressentie par un sáma moindre comme une pression immense, accompagnée d’une grande peur. Dominer par le poids du pouvoir et de la peur était son délice, mais dans ce cas il découvrit qu’ils étaient vains : la peur refermait plus rapidement la porte. De ce fait, il essaya la duperie et la furtivité.
Ici, il fut aidé par la simplicité de ceux qui n’étaient pas conscients du mal, ou pas encore accoutumés à y prendre garde. Et c’est pour cette raison qu’il fut dit plus haut que la distinction entre l’ouverture et la volonté active de participer était de la plus haute importance. Car il pouvait venir furtivement dans un esprit ouvert et sans méfiance, en espérant apprendre quelque partie de sa pensée avant qu’il ne se ferme, et encore plus pour y implanter sa propre pensée, pour le tromper et le gagner à son amitié. Sa pensée était toujours la même, bien qu’elle variât pour s’adapter à chaque cas (autant qu’il le comprenait) : il était par-dessus tout bienveillant ; il était riche et pouvait donner à ses amis tous les présents qu’ils désiraient ; il avait une affection particulière pour celui à qui il s’adressait ; mais il fallait lui faire confiance.
De cette façon, il réussit à entrer dans de nombreux esprits, retirant leur refus, et déverrouillant la porte par la seule clé, bien que sa clé soit contrefaite. Cependant, cela n’était pas ce qu’il désirait le plus, à savoir la conquête des récalcitrants et l’asservissement de ses ennemis. Ceux qui écoutaient et ne fermaient pas la porte étaient trop souvent déjà enclins à rechercher son amitié ; certains (selon leur mesure) s’étaient déjà aventurés sur des chemins semblables aux siens, et écoutaient car ils espéraient apprendre et recevoir de lui des choses qui serviraient leurs propres buts. (Il en fut ainsi avec ceux des Maiar qui tombèrent les premiers et le plus tôt sous sa domination. Ils étaient déjà rebelles, mais comme il leur manquait le pouvoir et la volonté impitoyable de Melkor, ils l’admiraient, et voyaient en ses capacités de chef un espoir de rébellion effective.) Mais ceux qui étaient encore simples et non corrompus dans leur « cœur » (Note 7) furent aussitôt conscients de son entrée, et s’ils écoutaient l’avertissement de leurs cœurs, cessaient d’écouter, l’expulsaient et fermaient la porte. C’était des esprits tels que ceux-ci que Melkor désirait le plus vaincre : ses ennemis, car à ses yeux, tous ceux qui lui résistaient pour la moindre des choses ou revendiquaient quoi que ce soit en leur nom propre et non au sien étaient des ennemis.
Ainsi, il recherchait des moyens de contourner l’únat et le refus. Et c’est dans le « langage » qu’il trouva cette arme. Car nous parlons maintenant des Incarnés, ces Eruhíni qu’il désirait le plus subjuguer, en dépit d’Eru. Faisant partie d’Eä, leurs corps sont sujets à la force, et leurs esprits* étant unis à leurs corps par l’amour et la sollicitude, ils sont sujets à la peur à leur propos. Et leur langage, bien qu’il provienne de l’esprit* ou de la conscience, opère à travers et avec leur corps : ce n’est pas le sáma ni son sanwe, mais il peut exprimer le sanwe dans son mode et selon sa capacité. Sur le corps et sur l’habitant, de ce fait, une telle pression et une telle peur pourraient être exercées que la personne incarnée pourrait être forcée à parler.
Ainsi pensait Melkor dans les pénombres de sa prévoyance longtemps avant que nous ne nous éveillions. Car aux jours d’autrefois, quand les Valar instruisaient les Eldar, nouveaux-venus à Aman, à propos du commencement des choses et de l’inimitié de Melkor, Manwe lui-même dit à ceux qui l’écouteraient : « Sur les Enfants d’Eru, Melkor en savait moins que ses pairs, car il accorda moins d’attention à ce qu’il aurait pu apprendre, comme nous le fîmes, dans la Vision de leur Avènement. Pourtant, comme nous le craignons à présent depuis que nous vous connaissons dans votre propre existence, son esprit fut vif à s’intéresser à tout ce qui pourrait aider ses desseins de domination, et ses buts progressèrent plus vite que les nôtres, car ils n’étaient liés par aucun axan. Dès le départ, il fut vivement intéressé par le « langage », ce talent que les Eruhíni auraient par nature, mais nous ne perçûmes pas immédiatement la malice que contenait son intérêt, car nombre d’entre nous le partageaient, et Aule plus que quiconque. Mais avec le temps nous découvrîmes qu’il avait réalisé un langage pour ceux qui le servaient, et il avait aisément appris notre langue. Il a de grands talents pour cela. Il ne fait aucun doute qu’il maîtrisera toutes les langues, même le beau parler des Eldar. De ce fait, si jamais vous deviez parler avec lui, prenez garde ! »
« Hélas ! » dit Pengolodh, « à Valinor, Melkor usa du Quenya avec une telle maîtrise que tous les Eldar en furent éblouis, car l’usage qu’il en fit ne pouvait être amélioré, rarement égalé même, par les poètes et les maîtres de la tradition. »
Ainsi, par tromperies, par mensonges, par tourment du corps et de l’esprit*, par la menace du tourment sur des proches aimés, ou par la pure terreur de sa présence, Melkor chercha toujours à forcer les Incarnés qui tombèrent sous son pouvoir, ou parvinrent à sa portée, à parler et à lui dire tout ce qu’il voudrait savoir. Mais son propre Mensonge engendra une progéniture sans fin de mensonges.
Par ces moyens, il détruisit nombre de personnes, il causa nombre de trahisons jamais révélées et il gagna la connaissance de nombre de secrets, pour son plus grand avantage et la perte de ses ennemis. Mais ce ne fut pas en pénétrant l’esprit ou en le lisant tel qu’il est, à son grand dépit. Nenni, car aussi grande que fut la connaissance qu’il gagna, derrière les mots (même de ceux qui sont dans la peur et le tourment) demeure toujours le sáma inviolable : les mots n’y sont pas, bien qu’ils puissent en procéder (comme des cris venant de derrière une porte close) ; ils doivent être jugés et évalués pour discerner la vérité qui peut s’y trouver. De ce fait, le Menteur dit que tous les mots sont des mensonges : tout ce qu’il entend est cousu de tromperies, de dérobades, de sens cachés et de haine. Dans ce vaste réseau, il s’emmêla lui-même dans des luttes et des crises de rage, rongé par la suspicion, le doute et la peur. Il n’en aurait pas été ainsi s’il avait pu briser la barrière et voir le cœur tel qu’il est dans sa vérité dévoilée.
Si nous parlons enfin de la « folie » de Manwe et de la faiblesse et du manque de méfiance des Valar, prenons garde à la façon dont nous portons un jugement. Dans les histoires, en effet, il se peut que nous soyons stupéfaits et affligés de lire comment (en apparence) Melkor trompa les autres, et comment même Manwe apparaît presque parfois comme un nigaud, comparé à lui : comme si un père bon mais peu sage traitait un enfant difficile qui assurément percevrait avec le temps les erreurs de sa conduite. Alors que nous, voyant et connaissant ce qui s’ensuivit, voyons maintenant que Melkor connaissait bien les erreurs de sa conduite, mais y était fixé par la haine et un orgueil au-delà de toute rédemption. Il pouvait lire l’esprit de Manwe, car la porte était ouverte, mais son propre esprit était faux et même si la porte semblait ouverte, à l’intérieur se trouvaient des portes de fer, closes à jamais.
Comment auriez-vous voulu qu’il en soit autrement ? Manwe et les Valar auraient-ils du opposer le secret au subterfuge, la trahison à la fausseté, des mensonges à plus de mensonges ? Si Melkor usurpait leurs droits, devaient-ils lui dénier les siens ? La haine peut-elle terrasser la haine ? Nenni, Manwe était plus sage, ou bien, étant toujours ouvert à Eru, il accomplit Sa volonté, qui est plus que de la sagesse. Il était toujours ouvert car il n’avait rien à dissimuler, aucune pensée qui fut dangereuse à connaître pour quiconque, s’il pouvait la comprendre. En vérité, Melkor connaissait sa volonté sans la questionner, et il savait que Manwe était lié par les commandements et les injonctions d’Eru, et ferait ceci ou s’abstiendrait de faire cela en accord avec eux, toujours, même en sachant que Melkor les enfreindrait si cela servirait ses desseins. Ainsi, l’impitoyable comptera toujours sur la pitié, et les menteurs font usage de la vérité, car si la pitié et la vérité sont retirées au cruel et du menteur, elles ont cessé d’être dignes d’honneur.
Manwe ne pouvait pas tenter par la contrainte de forcer Melkor à révéler sa pensée et ses buts, ou (s’il utilisait des mots) à dire la vérité. S’il parlait et disait : ceci est vrai, il devait être cru jusqu’à preuve du contraire ; s’il disait : je ferais ceci, comme vous le souhaitez, on devait lui accorder la possibilité de remplir sa promesse. (Note 8)
La force et la restriction qui étaient exercées sur Melkor par le pouvoir uni de tous les Valar n’étaient pas utilisées pour extorquer des confessions (ce qui était inutile), ni pour le forcer à révéler sa pensée (ce qui était illégal, même si non vain). Il avait été fait captif comme punition pour ses mauvaises actions, sous l’autorité du Roi. Ainsi pourrions-nous le dire, mais on disait plutôt qu’il était déchu pour un temps, fixé par une promesse, de son pouvoir d’agir, de telle sorte qu’il puisse faire une pause et se considérer lui-même, et avoir ainsi l’unique chance de repentance et d’amendement que la miséricorde puisse accorder. Pour la guérison d’Arda en vérité, mais également pour sa propre guérison. Melkor avait le droit d’exister, et le droit d’agir et d’utiliser ses pouvoirs. Manwe avait l’autorité pour gouverner et ordonner le monde, autant qu’il le pouvait, pour le bien-être des Eruhíni ; mais si Melkor se repentait et revenait à son allégeance envers Eru, on devait lui donner à nouveau la liberté. Il ne pouvait être réduit en esclavage, et sa part ne pouvait être déniée. Le mandat du Roi Ancien était de conserver tous ses sujets dans leur allégeance envers Eru, ou de les y ramener, et au sein de cette allégeance, de les laisser libres.
De ce fait, ce ne fut pas avant la fin, et, même alors, non sans le commandement exprès d’Eru par Son pouvoir, que Melkor fut définitivement jeté à bas et privé à jamais de tout pouvoir de faire ou de défaire. Qui, parmi les Eldar, a-t-il jamais soutenu que la captivité de Melkor à Mandos (qui fut accomplie par la force) fut peu judicieuse ou illégale ? Pourtant, la résolution de s’attaquer à Melkor, et pas seulement de lui résister, de joindre la violence à la colère pour le plus grand péril d’Arda, ne fut prise par Manwe qu’à contrecœur. Et réfléchissez : quel bien, dans ce cas, accomplit même l’usage légitime de la force ? Il le retira pour un temps et soulagea la Terre du Milieu de la pression exercée par sa malice, mais il ne déracina pas son mal, car il ne pouvait pas le faire. À moins, peut-être, que Melkor se fut effectivement repenti. (Note 9) Mais il ne se repentit point, et dans l’humiliation devint plus endurci : plus subtil dans ses tromperies, plus sournois dans ses mensonges, plus cruel et plus infâme dans sa revanche. De toutes les actions de Manwe, il sembla à beaucoup que la plus faible et la plus imprudente fut de libérer Melkor de sa captivité. Il advint de cela les plus grandes pertes et les plus grands maux : la mort des Arbres et l’exil et la douleur des Noldor. Pourtant, à travers toute cette souffrance advint également, comme cela n’aurait peut-être jamais pu advenir autrement, la victoire des Jours Anciens : la chute d’Angband et le dernier renversement de Melkor.
Qui alors peut-il dire avec assurance que si Melkor avait été maintenu dans ses liens, moins de mal eut suivi ? Même lorsqu’il est diminué, le pouvoir de Melkor est au-delà de toutes nos supputations. Pourtant, quelque éclat ruineux de son désespoir n’est pas le pire qui aurait pu advenir. Cette libération était en accord avec la promesse de Manwe. Si Manwe avait rompu sa promesse pour ses propres desseins, même dans une « bonne » intention, il aurait fait un pas sur les chemins de Melkor. C’est un pas périlleux. À cette heure et par cet acte il aurait cessé d’être le Vice-régent de l’Unique, ne devenant guère qu’un roi qui prend l’avantage sur un rival qu’il a conquis par la force. Préférons-nous alors avoir eu à subir les chagrins qui advinrent effectivement, ou aurions-nous préféré voir le Roi Ancien perdre son honneur, et passer ainsi, peut-être, à un monde déchiré entre deux seigneurs orgueilleux luttant pour le trône ? De ceci nous pouvons être sûrs, nous simples enfants de petite force : n’importe lequel des Valar aurait pu emprunter les chemins de Melkor et devenir comme lui : un seul fut assez.
Notes de l’auteur à l’Ósanwe-Kenta
Note 1
Ici níra (« volonté » en tant que potentiel ou faculté) , puisque la condition minimale est que cette faculté ne soit pas exercée par défaut ; l’action ou un acte de volonté est nirme ; comme sanwe « Pensée » est l’action ou un acte du sáma.
Note 2
Il pourrait être occupé à penser et être inattentif aux autres choses ; il pourrait être « tourné vers Eru » ; il pourrait être engagé dans une « conversation de pensée » avec un troisième esprit. Pengolodh dit : « Seuls les grands esprits peuvent converser avec plus qu’un autre en même temps ; plusieurs peuvent conférer, mais alors à un instant donné un seul communique, pendant que les autres reçoivent ».
Note 3
« Aucun esprit ne peut, cependant, être fermé contre Eru, ni contre Son inspection ni contre Son message. Il peut ne pas tenir compte de ce dernier, mais il ne peut pas dire qu’il ne l’a pas reçu. »
Note 4
Pengolodh ajoute : « Certains disent que Manwe, par une grâce spéciale accordée au Roi, pouvait toujours percevoir Eru dans une certaine mesure ; d’autres, de manière plus plausible, qu’il demeurait plus proche d’Eru, et Eru était tout prêt à l’écouter et à lui répondre. »
Note 5
Ici, Pengolodh ajoute une longue note sur l’usage des hröar par les Valar. En bref, il dit que, quoique simples « auto-habillements » à l’origine, ils pourraient tendre à approcher de l’état d’« incarnation », particulièrement en ce qui concerne les membres moindres de cet ordre (les Maiar). « Il est dit que plus le même hröa est porté longtemps, plus le lien de l’habitude est grand, et moins l’«auto-habillé » désire le quitter. Comme les habits peuvent bientôt cesser d’être un ornement, et deviennent (comme il est dit dans les langues des Elfes comme des Hommes) une « habitude », un costume coutumier. Ou si, parmi les Elfes et les Hommes, ils sont portés pour atténuer la chaleur ou le froid, ils rendent bientôt le corps revêtu moins capable de supporter ces choses lorsqu’il est nu. » Pengolodh cite également l’opinion selon laquelle, si un « esprit* » (c’est-à-dire un de ceux qui ne sont pas incarnés par création) use d’un hröa pour la poursuite de ses desseins personnels, ou (plus encore) pour la jouissance des facultés corporelles, il trouve de plus en plus difficile d’opérer sans le hröa. Les choses qui génèrent le plus de liens sont celles qui, chez les Incarnés, ont à voir avec la vie du hröa lui-même, sa substance et sa propagation. Ainsi, le fait de manger et de boire génèrent de tels liens, mais pas le délice qu’on ressent devant la beauté d’un son ou d’une forme. Ce qui lie le plus est le fait d’engendrer ou de concevoir.
« Nous ne connaissons pas les axani (lois, règles, comme procédant à l’origine d’Eru) qui furent établis pour les Valar en référence particulière à leur état, mais il semble clair qu’il n’y avait pas d’axan contre ces choses. Néanmoins, il apparaît comme un axan, ou peut-être une conséquence nécessaire, que si elles sont réalisées, alors l’esprit* doit demeurer dans le corps qu’il a utilisé, et subir les mêmes nécessités que les Incarnés. Le seul cas connu dans les annales des Eldar est celui de Melian, qui devint l’épouse du Roi Elu-Thingol. Cela n’était certainement pas un mal, ni contre la volonté d’Eru, et bien que cela conduisit à de grands chagrins, à la fois les Elfes et les Hommes en furent enrichis.
« Les grands Valar ne font pas ces choses : ils n’engendrent pas, non plus qu’ils ne mangent ou ne boivent, sauf aux grands asari, en témoignage de leur suzeraineté et habitat en Arda, et pour la bénédiction de la nourriture des Enfants. Seul parmi les Grands, Melkor devint finalement lié à une forme corporelle, mais ce fut du fait de l’usage qu’il en fit dans son dessein de devenir Seigneur des Incarnés, et des grands maux qu’il réalisa dans son corps visible. Par ailleurs, il avait dissipé ses pouvoirs natifs dans le contrôle de ses agents et de ses serviteurs, de telle sorte qu’à la fin il devint, en lui-même et sans leur support, une chose affaiblie, consumée par la haine et incapable de se restaurer lui-même, depuis l’état dans lequel il était tombé. Même sa forme visible ne pouvait-il plus maîtriser, de telle sorte que sa hideur ne pouvait être masquée plus longtemps, et elle révélait le mal que recelait son esprit. Il en fut également ainsi avec même certains de ses plus grands serviteurs, comme nous le voyons ces derniers jours : ils devinrent attachés à la forme de leurs actions mauvaises, et si leurs corps leur étaient retirés ou détruits, ils étaient annihilés, jusqu’à ce qu’ils aient rebâti un semblant de leurs anciennes habitations, avec lesquelles ils pouvaient continuer leurs mauvais cours, dans lesquels ils s’étaient fixés. » (Pengolodh se réfère ici, à l’évidence, à Sauron en particulier, dont il avait finalement fui l’avènement en Terre du Milieu. Mais la première destruction de la forme corporelle de Sauron fut rapportée dans les annales des Jours Anciens, dans le Lai de Leithian.)
Note 6
Pengolodh élabore ici (bien que cela ne soit pas nécessaire pour son argumentation) le problème de la « prévoyance ». Aucun esprit, affirme-t-il, ne connaît ce qui ne s’y trouve pas. Tout ce qu’il a expérimenté est en lui, bien que dans le cas des Incarnés, étant dépendantes des instruments du hröa, certaines choses puissent être « oubliées », non immédiatement disponibles pour le souvenir. Mais aucune part du « futur » ne s’y trouve, car l’esprit ne peut le voir ou l’avoir vu : du moins, un esprit placé dans le temps. Un tel esprit ne peut apprendre le futur que d’un autre esprit qui l’a vu. Mais cela signifie uniquement de la part d’Eru, en dernier recours, ou de façon intermédiaire de la part d’un esprit qui a vu en Eru quelque partie de Son dessein (tels que les Ainur qui sont à présent les Valar en Eä). Un Incarné ne peut ainsi connaître quelque chose du futur que par une instruction dérivant des Valar, ou par une révélation provenant directement d’Eru. Mais chaque esprit, qu’il soit des Valar ou des Incarnés, pourrait déduire par la raison ce qui va ou ce qui pourrait se passer. Ce n’est pas de la prévoyance, quoique cela puisse être un terme plus clair, et même en vérité plus exact que des visions fugitives de cette prévoyance. Ce ne l’est même pas dans le cas où elle serait formée de visions vues en rêve, qui est un moyen par lequel la « prévoyance » est également fréquemment présentée à l’esprit.
Les esprits qui ont une grande connaissance du passé, du présent et de la nature d’Eä peuvent faire des prédictions d’une grande exactitude, et plus le futur est proche, plus il est clair (préservant toujours la liberté d’Eru). De ce fait, beaucoup de ce qui est appelé « prévoyance » dans le langage commun n’est que les déductions des sages, et fut-il reçu, en tant qu’avertissement ou instruction, de la part des Valar, cela ne serait que les déductions des plus sages, quoiqu’ils puissent parfois être de la « prévoyance » de seconde main.
Note 7
enda . Nous traduisons cela « cœur », bien que cela n’ait aucune référence physique à aucun organe du hröa. Cela signifie « centre », et se réfère (même si c’est par une inévitable allégorie physique) au fëa ou au sáma lui-même, distinct de la périphérie (pour ainsi dire) de ses contacts avec le hröa ; auto-conscient ; doté de la sagesse primitive de sa conception qui le rendit sensible à tout ce qui présentait le moindre degré d’inimitié.
Note 8
Pour cette raison, Melkor disait souvent la vérité, et en vérité il mentait rarement sans y mélanger une part de vérité. À moins que ce ne fût dans ses mensonges à l’encontre d’Eru, et ce fut, peut-être, pour les avoir prononcés qu’il fut privé de tout retour.
Note 9
Certains soutiennent que, même si le mal aurait peut-être pu être atténué, il n’aurait pu être défait, même par la repentance de Melkor, car un pouvoir s’était libéré de lui et n’était plus sous le contrôle de sa volonté. Arda fut marrie dans sa nature même. Les graines que la main a semées pousseront et se multiplieront, même si la main a été retirée.
Glossaire éditorial à l’Ósanwe-kenta
Tous les mots sont du Quenya, sauf indication contraire.
aquapahtie : « intimité ». Apparemment composé de aqua- « pleinement, totalement, complètement, entièrement » (WJ :392) + *paht-ie « ferme-ture » (cf. pahta « fermé » et látie « ouverture », ci-dessous).
asar , pl. asari : « temps fixé, festival » (WJ :399)
avanir : « refus ». Apparemment composé de ava-, qui exprime le refus ou la prohibition (cf. WJ :370-71 s.v. *ABA), + -nir « volonté » (cf. níra ci-dessous).
axan , pl. axani : « loi, règle, commandement, procédant primitivement d’Eru ». Adopté à partir du Valarin akasān « Il dit », en référence à Eru (WJ :399).
enda : « centre, cœur », de personnes, sans référence à l’organe physique, mais au fëa ou au sáma lui-même, distinct de ses contacts avec le hröa. Cf. ÉNED- « centre » (LR :356).
Eruhíni : « Enfants d’Eru », i.e. les Elfes et les Hommes (WJ :403).
fëa , pl. fëar : « âme, esprit* y demeurant, d’un être incarné » (MR :349, 470). Cf. aussi WJ :405.
hröa , pl. hröar : « corps (d’un être incarné) » (MR :350, 470). Cf. aussi WJ :405.
indo , n. : « état », peut-être spécifiquement « état d’esprit (sáma) ». Dans « LQ 2 » (MR :216, 230 n. 16), indo est utilisé pour « esprit », qui est ici la traduction de sáma ; alors que The Etymologies indiquent pour indo « cœur, humeur » (LR :361 s.v. ID-).
kenta « enquête, investigation, renseignements ». Cf. Essekenta * « enquête sur les noms » (MR :415). Cf. le verbe souche ken- « voir, considérer » (MC :222) et l’élément cenyë « vue » dans apacenyë « prévoyance » et tercenyë « intuition » (MR :216), ce qui pourrait suggérer que kenta pourrait signifier plus littéralement « un regard (à l’intérieur) » d’un certain problème.
lambe : Cf. l’entrée lambe dans le glossaire éditorial de l’extrait de Quendi et Eldar App. D.
láta , adj. : « ouvert ». Cf. LAT- « demeure ouvert » (LR :368).
látie : « état d’ouverture d’esprit ».
latya : « acte d’ouverture d’esprit ».
Mirröanwi : « Incarnés », littéralement « ceux qui se sont faits chair (hröa) » (MR :350).
níra , n. : « volonté, en tant que potentiel ou faculté ». Cf. S. aníra « (il) désire » (SD :128-9).
nirme : « l’action ou un acte de níra ».
ósanwe : « communication ou inter-échange de pensée ». Apparemment composé du préfixe o- « utilisé dans des mots décrivant la rencontre, la jonction ou l’union de deux choses » (WJ :367 s.v. *WO) + sanwe (q.v.).
pahta , adj. : « fermé ». Cf. aquapahtie ci-dessus.
sáma , pl. samar : « esprit, conscience ».
sanwe : « Pensée, une pensée ; comme l’action ou un acte du sáma ». Cf. ósanwe ci-dessus.
tengwesta : Cf. l’entrée tengwesta dans le glossaire éditorial de l’extrait de Quendi et Eldar App. D.
únat , pl. únati : « une chose impossible à être ou à être faite ». Apparemment composé de ú- + nat « chose » (cf.LR :374 s.v. NĀ-). The Etymologies donne le préfixe Q. ú comme signifiant « non, a-, im- (généralement avec un sens négatif) » (LR :396 s.v. UGU-), mais la force du ú- est ici plus forte que celui porté par ces préfixes isolés. À comparer avec la distinction entre avaquétima « à ne pas dire, qu’il est interdit de dire » et úquétima « inexprimable, impossible à dire, à exprimer par des mots, ou imprononçable » (WJ :370 s.v. *ABA). Cf. l’entrée ú dans le glossaire éditorial de l’extrait de Quendi et Eldar App. D.
Notes du Traducteur :
1. Thought-opening
2. Openness
3. Unwill
4. Interchange of thought
5. Foresight
6. Forecasting
* Ici, spirit (fëa), en opposition aux autres occurrences où “esprit” est la traduction de mind (sáma).
Auteur : Aglarond